Souvenirs, souvenirs...

Benoît Lenoble, promotion 1996





Quel individu n’a pas quitté l’école où il est passé sans souvenirs et anecdotes, des histoires qui, bien ou mal vécues, sont restées en mémoire on ne sait pour quelle raison ? Le temps n’est pas un bon ami en la matière, et les années passantes n’aident pas à témoigner avec fidélité.

Je me rappelle d’un cours d’allemand en terminale, année pour les bacheliers mêlant la joie de terminer un cycle scolaire et un chapitre de vie, et l’inquiétude latente causée par la préparation de l’examen national. Dans cette classe regroupant celles et ceux qui avaient choisi la langue de Kant en LV1 ou LV2 (traduction de l’administratif au familier : Langue Vivante 1er ou 2e préférence), le cours est assuré par Mademoiselle Méritet. Cette dernière est une professeur à la fois exigeante et amusante, juste et mordante, bref tout ce qui est nécessaire pour encadrer et faire progresser un public hétérogène. Quoi de plus différent, en effet, entre une L (traduction : série Littéraire) obligée de se coltiner une deuxième langue au coefficient de bac élevé, un ES (Economique et Social) désireux de gratter quelques points ou, au pire, de ne pas trop en perdre, et un S (Scientifique) pour qui la langue d’Einstein n’est qu’une option supplémentaire, distractive ou stimulante selon les esprits ? Autant dire que l’attention collective variait alors comme la valeur flottante du défunt Deutschemark. Un vendredi après-midi, notre groupe attend dans le couloir le début du cours d’allemand. La porte fermée, les surveillants ailleurs, il ne restait plus qu’à patienter jusqu’à l’arrivée de la professeur… qui n’arrive pas. Ce n’est pas dans ses habitudes. Plusieurs minutes passant, nous nous décidons tout ensemble de sortir du bâtiment pour aller à sa rencontre. A peine les portes de la cour ouvertes, le soleil réchauffant et l’odeur printanière nous accueillent. Quelques instants de répit, d’agrément et d’évasion quand, soudainement, Mademoiselle Méritet traverse, au pas de course, la cour dans la direction de l’autre escalier, celui que nous n’avons pas emprunté, … sans nous voir ! Dans cette cour vide et silencieuse où nous attendons dans un recoin, le professeur passe à côté de sa classe. Ne comprenant pas vraiment, hésitants, nous attendons encore, séduits davantage par le climat en renouveau que la langue de Grass. Presque une dizaine de minutes s’écoulent quand Mademoiselle Méritet et un surveillant descendent l’escalier et nous retrouvent, nous accusant d’échapper au cours de langue. Interdits et las, nous remontons dans notre classe pour retrouver le commentaire de textes germaniques là nous l’avions laissé auparavant.

Pourquoi avoir choisi de raconter cette histoire ? Contre la mémoire partiale et déformante transformant certains faits en souvenirs au détriment de tous ceux qui font le quotidien d’un élève, il me semble que ces petits riens sans importance, ces moments éphémères et courants ont composé le vécu ordinaire dans une école, tout ce qui m’y a attaché et m’y attache encore.
 
 
 

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